S7: E24 De la SQ à la Défense : l’incroyable virage de Me J-François Boucher
September 17, 202600:57:29

S7: E24 De la SQ à la Défense : l’incroyable virage de Me J-François Boucher

Il a passé 22 ans à la Sûreté du Québec à mener des enquêtes criminelles.
Aujourd’hui, il défend des accusés devant les tribunaux.

Pourquoi un enquêteur d’expérience de la SQ décide-t-il de devenir avocat de la défense?
Qu’a-t-il vu du système de justice de l’intérieur?
Et surtout… est-il devenu l’adversaire de ses anciens collègues?

Dans cet épisode sans filtre, Me Jean-François Boucher nous plonge dans les coulisses des enquêtes, des interrogatoires et des procès.

Un regard rare, lucide et nuancé sur la justice criminelle au Québec et sur 2 métiers qui se vivent mieux dans le respect mutuel.

[00:00:04] Parent et Amis, avec Gilles Parent Bienvenue sur Parent et Amis. Aujourd'hui, mon invité a passé une carrière particulière. J'étais très content de le recevoir, je suis encore content de le recevoir, mais parce que sa situation et ses situations sont quand même assez singulières.

[00:00:33] Il a passé 22 ans à traquer le crime comme enquêteur à la Sûreté du Québec avant de décider de défendre des accusés devant les tribunaux en devenant avocat. Pourquoi changer de camp ? Qu'est-ce qu'il a vu de l'intérieur du système qui a changé ? Maître Jean-François Boucher nous ouvre les coulisses de la justice criminelle. Bonjour Jean-François. Bonjour Gilles, quel plaisir de te rencontrer. Ben oui, absolument. On se connaît depuis peu dans le fond.

[00:00:56] Oui, en effet, on se connaît depuis peu, mais moi je te connais de réputation évidemment depuis très longtemps. Tu as fait partie de ma jeunesse. C'est ça. J'ai commencé jeune. On n'est pas si mieux que ça. Exact. Ben bien content de t'en rencontrer, puis je pense que, je le disais, l'histoire qui te précède et que tu vis est quand même pas banale. Je pense que tu le sais, des policiers qui deviennent avocats et qui défendent d'autres policiers. Il ne doit pas en avoir tant que ça ?

[00:01:23] Ben en fait, j'en connais pas beaucoup, peut-être un ou deux, qui ont été soit policiers et qui sont devenus avocats ou avocats qui ont aussi, qui sont devenus policiers. Mais je pense que ça se résume sur une page. On peut écrire gros même. Quelques, une main, quelques doigts de ma main. OK. Il y a une phrase que j'aimais bien, d'entrée de jeu, je voulais savoir si tu étais d'accord avec ça. On dit, la justice, c'est pas la police contre la défense, c'est la vérité qui doit survivre à la confrontation.

[00:01:53] Absolument. T'es d'accord avec ça ? Absolument. C'est pas un contre l'autre. Absolument pas. J'ai toujours été, comme policier et comme avocat maintenant, on est toujours à la recherche, je dis on maintenant, puis ça inclut les policiers et les avocats, ils ont pas de défense, mais on est à la recherche de la vérité.

[00:02:13] Alors, quand on part du principe qu'on recherche la vérité, on peut pas même se tromper quand tu dis la vérité. Alors, c'est assez simple. On la recherche, parfois on réussit pas nécessairement à la trouver. T'as moins de chance de te mêler dans tes mensonges, je te dis la vérité. Exact. Exact. Alors, c'est assez simple. Les policiers et les avocats de défendre, même les avocats qui sont à la couronne, évidemment, font la même chose. On le répète souvent, ils doivent être à la recherche de la vérité. Alors, quand on part de cette prémisse-là, on se trompe pas.

[00:02:43] OK. On va faire l'histoire un peu de ta carrière. 22 ans donc à la Sûreté du Québec. Qu'est-ce qui t'a poussé à changer si on parle du move en bon québécois? Bien, c'est un petit peu plus que 22 ans. C'est presque 23 ans, en effet. Écoute, j'ai été influencé par deux de mes amis, qui sont encore mes amis aujourd'hui. OK. Ça existe, ça? On peut garder les amis? Absolument. Ça fait plus de 40 ans qu'on se connaît. Et donc, ces deux amis-là, un était policier, l'autre était avocat.

[00:03:13] OK. Et l'avocat est encore avocat, mais évidemment, il est plus près de sa retraite que de la pratique active. Mais ces deux personnes-là ont influencé mes choix de carrière de façon importante.

[00:03:27] Alors, je voyais dans mon chum policier, je voyais tout l'aspect camaraderie, l'aspect de service à la population, l'aspect de rendre service, comme je disais, à la population, mais tout l'aspect aussi de gang. On se retrouve avec des gens qui ont... Oui, c'est ça. On se retrouve avec des gens qui ont les mêmes visions.

[00:03:53] Et mon chum avocat, quant à lui, c'était le plaisir que... Il me racontait, évidemment, sans nommer personne, parce qu'on n'est pas secret professionnel. Mais de façon générale, il me racontait que des individus pouvaient réaliser et raconter ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils ont vécu, sans même qu'on soit obligé de les interroger.

[00:04:21] Alors, c'est un peu l'inverse d'un policier. Alors, la police s'est présentée dans un premier temps parce que je m'entraînais physiquement à cette époque-là. Fait qu'à l'âge, la jeune vingtaine? Oui, autour de 23, 24, 24, 25 ans, autour de ça. Et on s'entraînait, puis j'ai dit à mon chum, écoute, pourquoi je ne me présenterais pas comme policier?

[00:04:47] Il me dit, ben là, il dit, la Sûreté du Québec, parce que moi, j'ai travaillé à la Sûreté du Québec, la Sûreté du Québec prenne ce qu'on appelait des conventionnels. Alors, des conventionnels, ce sont des gens qui ont une expérience de vie, qui sont un peu plus vieux, et qui vont aller parfaire leur formation, faire une mise à niveau. Mise à niveau, je comprends. C'est ça. Un peu moins longue que le cours total. Effectivement, c'est six mois, six à huit mois.

[00:05:11] Et donc, ils vont permettre à l'individu, mais évidemment, il faut qu'il soit trié sur le volet. Parce que, entre autres, la Sûreté, moi, je parle pour la Sûreté, mais je me souviens qu'à cette époque-là, ils m'ont fait passer des examens qui ont duré un an. Alors, c'était des entrevues, ça a été des tests de conduite. Tests par un chute-tests. C'est ça. Ils voulaient être sûrs. Oui, oui.

[00:05:34] Et pour arriver à la fin, je me souviens encore, j'allais au bureau de poste chez moi et j'attendais toujours la fameuse lettre. Et de mois ou en deux mois, on… Il y avait moins de courriel dans ce temps-là, Jean-Pançoit. Non, ça n'existait pas. Et là, je voyais, ah, Sûreté du Québec, et là, je passais une étape. Alors, tu sais, j'ai passé ces étapes-là, une après l'autre, jusqu'à ce qu'un an après, ils me fassent l'offre, finalement, de…

[00:05:59] On vous accepte, mais conditionnellement, à la réussite de votre cours à l'École nationale de politique. Qui n'était pas l'École nationale à l'époque, mais qui était l'Institut de police du Québec. À Nicolette. Et donc, il fallait faire une mise à niveau au niveau du cégep, qui n'était pas très loin, là, à Québec, là, au cégep Garneau. Quelques mois durant l'été, 89. Et après ça, 89, je suis rentré à Nicolette à l'automne, à peu près dans ce temps-ci, là.

[00:06:27] Et, bien, quelque part, au mois de novembre, je suis devenu policier, en fait. J'ai été assermenté le 6 novembre 1989. Alors, c'est ce qui a guidé un peu, parce que je… Et il y a une particularité dans tout ça, je pense que ça vaut la peine de le raconter, c'est que je travaillais également, en plus de… Parce que j'étais sur le marché du travail, évidemment. Mais je travaillais aussi dans le domaine de l'article promotionnel.

[00:06:52] Alors, j'avais, à l'époque, vendu, au gouvernement du Québec, on se rappellera, là, j'avais vendu des tasses avec le logo de la Sûreté du Québec. Et ça, c'était le gouvernement… En fait, le ministère… Ça se bourra ça, dans ce temps-là, tu en rappelles-tu? Je me souviens pas, mais c'était le ministère des Communications qui gérait l'ensemble des images, là, du gouvernement, pour l'ensemble. Alors, j'avais eu une commande, évidemment, du ministère des Communications, mais pas fou.

[00:07:19] Un bon vendeur, si je fais un logo avec la Sûreté du Québec, pourquoi pas aller voir la Sûreté du Québec? Et je me rappelle très bien que j'étais allé voir, ici, à Québec, les gens du quartier général à Québec, le Sour-Pierre-Bertrand, qui sont encore là. Et je monte au deuxième, à l'administration, et je leur demande, écoutez, acceptez-vous des candidatures, tu sais.

[00:07:45] Mais juste avant ce qui avait déclenché, finalement, en plus du fait que je connaissais bien mon chum, et il me disait, ce sera le fun que je travaille dans le domaine, j'avais eu des… parce que, rappelons-nous, pour faire des tasses à cette époque-là, c'était les quatre couleurs process. Oui, oui. Alors, tu te souviens, les quatre couleurs mis par-dessus film donnaient finalement une couleur en process. Et j'avais rencontré des gens qui m'avaient dit, bien, regarde, voici, ça, c'est les quatre couleurs,

[00:08:14] c'est ça, nos couleurs, ce qu'on veut, puis oui, effectivement, on va te commander des tasses supplémentaires. Alors, moi, j'étais bien content, je prends l'ascenseur, je redescends, et je rencontre des policiers dans l'ascenseur qui me disent, ah, tu sais, un petit cadet cornet. Un cadet cornet? C'est quoi ça? Bien, c'est ça. J'ai dit, bien, un cadet cornet, pourquoi? Non, j'ai dit, moi, je vends des tasses. Mais c'est parce que j'avais, sous le bras, les quatre couleurs process, mais j'avais dans un folder, un portfolio, j'avais le portfolio des cadets de l'époque.

[00:08:45] Alors là, je me suis dit, bien, s'ils me prennent pour un cadet, ça veut dire que je suis peut-être bien pas si petit que ça, puis je suis peut-être bien capable de faire la job, puis ça m'a comme motivé à remonter au deuxième étage, à aller voir l'administration, puis dire, écoutez, embauchez-vous. Bien, certainement qu'on embauche, on va, oui, oui, on va vous donner une application. Et c'est comme ça, de fil en aiguille, au bout d'un an, que je suis finalement devenu policier. OK. Tu as fait ça, donc, 22-23 ans. Oui.

[00:09:13] Est-ce qu'il y a eu un élément déclencheur qui, au fil de tes années, parce qu'on va en parler après, a fait que tu as switché ou tu t'es mis à dire par des cas particuliers, je ne sais pas, qu'est-ce qui a fait que tu penses, est-ce que tu rêvais à ça, d'être policier d'une part ou encore avocat d'autre part? Il faut se rappeler, je vous l'explique, c'est qu'à l'époque, on est en 89 quand je rentre à la Sûreté du Québec, mais en 85, j'avais commencé à étudier le droit.

[00:09:40] Évidemment, je travaillais aussi, alors j'étudiais en partiel. Alors, je faisais un cours, deux cours, trois cours par session. Mais j'aimais ça, c'était facile pour moi. Ça rentrait là. Alors, en 89 se présente ce que je viens de vous expliquer. Bon, bien là, je rentre dans la police. Mais j'ai toujours continué à étudier. Le droit était là dès le départ, mais à temps partiel, mettons. Avec les prémices que je vous ai données tantôt, c'est que j'avais le goût d'être policier, puis j'avais le goût d'être avocat.

[00:10:10] Puis la police s'est présente en premier, puis je suis rentré dans la police. Mais j'ai toujours continué. 89, 90, j'ai continué à étudier. Et ça, bien jusqu'en 2008, à peu près, c'est pas à peu près, c'est en 2008, au moment même où j'étais dans la division des crimes majeurs. Et la division des crimes majeurs, tu comprends qu'on répond aux urgences.

[00:10:37] C'est pas les patrouilleurs, mais quand il y a un crime majeur, bien ils nous déploient là. Alors donc, je me suis retrouvé débordé un peu par les études, la famille, tout ça. Et donc conséquemment, j'avais comme mis de côté un de mes rêves de devenir avocat. Et là, j'avais appelé à la faculté de droit, j'avais dit à la faculté de droit, écoutez, j'ai aucune idée combien j'ai de crédit, mais je dois en avoir assez pour faire un certificat.

[00:11:03] Et donc, viré-moi sans certificat, puis je vais avoir un diplôme à mettre sur mon mur. Mais je faisais en même temps une croix sur mon rêve. Oui, à cette époque-là, tu pensais pas que tu le referais un jour, là? Ben non, c'est ça. Tu disais, non, ça va pas aller, ça. Et là, c'est la faculté de droit qui m'ont appelé pour me dire, écoutez, là, il vous manquerait deux, trois cours, puis vous auriez un bac en droit. Je disais, ben, ça allait bien, tu sais, j'ai toujours étudié, j'ai toujours bien réussi. T'avais pas de difficulté, ça marchait, bon.

[00:11:29] Alors, donc, j'ai dit, je vais le faire, tu sais, c'est le petit go-head pour te pousser à le faire. Et donc, j'ai fait ça. Et là, je me souviens, j'avais parlé avec mon patron de l'époque, quelqu'un que j'affectionne en particulier, qui s'appelle Robert Pigeon. Bob, c'est tout un policier. Il a été même le directeur ici, vous vous rappelez, là, du service de police de la Ville de Québec. Il était à retraite maintenant, mais Bob, c'est tout un policier.

[00:11:55] Et Bob m'avait dit, ben, écoute, on va te libérer, la Sûreté va te libérer, va faire ton... Fini tes cours. Oui, en fait, les cours étaient finis sur le montant. Mais là, il dit, va faire ton barreau, puis fais ton stage, on va te libérer pendant un an. Évidemment, on avait, au niveau des conventions collectives, des possibilités, là. Et donc, on va te libérer, puis, ben, tu vas avoir ta formation. Alors, ça a été... Lui, il disait ça un plus pour la police d'avoir quelqu'un qui connaît ça, là. Ben oui, ben oui, écoute, c'était...

[00:12:22] Et donc, je suis parti, j'ai fait mon barreau, et j'ai fait le stage à la Couronne, à Québec. Alors, j'ai été sous l'égide de la Couronne pendant un certain temps, pendant six mois. Et finalement, je suis devenu avocat. Mais quand tu deviens avocat, et que tu es policier aussi, il y a des restrictions au niveau déontologique, et tu ne peux pas conseiller d'autres personnes que l'employeur pour lequel tu travailles, donc la Sûreté du Québec.

[00:12:51] La Sûreté... Tous les policiers ou juste la Sûreté? Juste la Sûreté. OK, administrativement, là, je comprends. Oui, c'est ça. Alors, si la Sûreté me donnait des mandats, ben, j'avais un mandat, mais si j'en avais pas, j'en avais pas. Et donc, pendant... Je suis revenu, donc, à la Sûreté du Québec, toujours à la Division des Crimes Majeurs, pendant une période de deux ans, de 2009 à 2011. Et, ben, là, ça a avancé, tranquillement, mais il y a quelques petits mandats ici et là,

[00:13:19] mais vraiment pas pour faire de la pratique du droit, là, intense. Alors, c'est un peu ça qui a fait que, à un moment donné, il faut que tu décides, est-ce que tu continues ou si tu t'arrêtes comme policier. J'aimais les deux... J'avais réalisé mes deux rêves. J'étais devenu policier depuis un nombre d'années, et là, j'étais avocat. Alors, à un moment donné, il fallait voir, tu sais, il fallait décider. Et je me rendais compte, au fil des mois, au fil des ans,

[00:13:50] que, tranquillement, les opportunités en droit pouvaient se refermer. En ce sens que, tu sais, la Couronne aurait pu être intéressée à ce que j'aille là, mais à cette époque-là, c'était pas une bonne période. Alors, j'avais décidé que non. La Sûreté du Québec voulait peut-être me garder comme avocat, mais il aurait fallu que je me demande à Montréal. Je suis un gars de Québec. Avec probablement aussi des baisses de salaire,

[00:14:19] parce qu'il faut se rappeler qu'à cette époque-là, c'était le nombre d'années de barreau qui constituait ton salaire annuel. Alors, évidemment, là, je redevenais un jeune avocat, bien que j'avais de l'expérience policière, mais j'étais un jeune avocat. Avec quel âge, à peu près? Juste qu'on situe, quand tu décides ça, t'as 15 ans de fait en police? Non, non, quand je retourne, on est en 2009, quand je deviens avocat et policier.

[00:14:45] Alors, ça me donne autour de 45, à peu près, autour de ça. 45, à peu près. Et donc, là, on est face à une situation où, je me souviens, j'avais parlé avec le directeur de la Sûreté du Québec, qui m'avait dit, bien, on va te prendre, bien, envoyer à Montréal. Puis, la couronne, bien, pas beaucoup de salaire à cette époque-là. Alors, finalement, c'est l'ouverture syndicale qui s'est faite.

[00:15:13] C'est l'association des policiers et policières, les policiers de la Sûreté du Québec, qui m'ont dit, bien, pourquoi tu ne partiras pas à ton compte? Puis, on va tranquillement te donner des mandats. Puis, ça va commencer, tu sais, puis on a une équipe. Je suis sûr que t'as content d'avoir quelqu'un qui connaît deux côtés. Je connais, oui, la défense, mais également le travail des policiers. Absolument. Alors, tranquillement, c'est comme ça que le... au mois de novembre... La transition s'est faite.

[00:15:42] Oui, le 11 du 11 2011, parce que je voulais m'en souvenir. Alors, j'ai pris ma retête le 11 du 11 2011. Pour commencer le 14 novembre, tout de suite, le lundi, j'ai recommencé comme avocat dans un bureau de pratique privée. Mais est-ce que, quand tu prends la période d'une vingtaine d'années de police, est-ce que constamment, t'as aimé ça quand même? Absolument. Oui. Écoute, c'était deux rêves, mais c'était une carrière extraordinaire.

[00:16:07] Puis, je me souviens, quand je suis parti en 2011, il y a eu de communes renommées de faire un party, une fête, pour souligner le départ. Puis, écoute, la salle où ça avait eu lieu, au sous-sol du quartier général, était pleine. Et il faut que je te dise que j'avais annoncé ça un peu à tout le monde, un peu à la blague, mais en même temps, je suis un homme... Aujourd'hui, je suis un homme d'affaires, j'ai un bureau,

[00:16:35] on en reparlera, mais il y a des avocats qui travaillent pour moi maintenant. Mais à cette époque-là, j'avais encore le sens... Je l'avais aussi, le sens des affaires. Alors donc, j'avais fait des affiches avec... M. Pierre, un peu, quand même. Un peu, un peu. Marketing et autres. Mais j'étais en toge et je disais, je vous quitte, mais pour mieux vous représenter, ou quelque chose comme ça. Je ne me souviens pas du textuel par ici, mais c'est ça. Et ça m'avait fait quoi?

[00:17:05] Parce que les policiers étaient venus me voir. Pas juste mes amis, tous les policiers de la région de Québec étaient venus en bas pour remplir la salle en bas. Ça fait que ça a été vraiment impressionnant. Ça fait quelque chose, je t'avouerais, de quitter évidemment une famille, parce que c'est une famille, la police. Mais en même temps, aujourd'hui, pour la majorité, je représente des agents de la paix au Québec. Pas juste des agents de la paix, mais une bonne partie.

[00:17:35] Et tant des policiers municipaux que provinciaux, des constats spéciaux, des gardiens de prison fédéral-provincial. Alors donc, on a une belle clientèle. Et ça me permet de garder ce lien-là avec... Vivant? Absolument, absolument. Dis-moi, comme policier, est-ce que tu avais... Comment tu voyais les avocats de la défense? Tu savais un peu de quoi il s'agissait, mais je pourrais te demander ça, puis après ça, je pourrais dire, comme avocat aujourd'hui, comment tu vois les policiers?

[00:18:05] Oui. Bien, en fait, on est à la recherche, tant la défense maintenant, que moi à l'époque comme policier, on est à la recherche de la vérité. On cherche à obtenir la vérité. Comme policier, souvent, c'est pas facile la job de police. Il faut comprendre que... Non, ça a toujours été très critiqué aussi. Oui, critiqué, puis complexe. Oui. Ils ont à prendre des décisions rapides sans avoir nécessairement le temps de tout analyser,

[00:18:35] évaluer l'ensemble des... Alors parfois, il faut qu'ils prennent des décisions, puis finalement, ils se trompent pas nécessairement, mais ils auraient peut-être pu prendre une meilleure décision. Et donc, ça fait en sorte que ça ouvre une ouverture potentielle à une défense. Mais comme avocat, j'ai toujours respecté... Je viens de là, je viens de la police. Alors ils le savent, ils le sentent bien.

[00:19:03] J'ai toujours respecté le milieu policier. Et comme avocat, bien, je suis aussi à la recherche de la vérité. Dis-moi, est-ce que le système de justice criminelle est fragile? Est-ce qu'il est plus fragile qu'on le pense? Ou... C'est pas un système qui est fragile. C'est un système qui est... Complexe, peut-être? Complexe, lourd. Avant de faire tourner un bateau de cette ampleur-là, c'est quelque chose.

[00:19:30] Mais c'est toujours possible quand tout le travail se fait dans le respect. Alors, et c'est comme ça, ma pratique maintenant comme avocat, ça a toujours été ça. Je le demande d'ailleurs aux avocats, aux avocates qui travaillent avec moi. Je leur dis, on doit respecter les gens avec qui on travaille, mais on doit aussi respecter les gens qui ont oeuvré dans un domaine particulier. Exemple, les policiers qui ont fait le travail, qui ont enquêté,

[00:20:00] qui ont un crime, par exemple, et qui ont rencontré des témoins, rencontré des suspects. Bien, moi, je connais pas de policiers qui se lèvent le matin puis ils se disent, sais-tu, un matin, je vais me lever puis je vais faire une affaire tout croche. Les gens rentrent dans la police. Moi, je suis devenu policier parce que je voulais rendre service à la population. Je voulais... Servir. Servir, oui, clairement. C'est le grand thème. C'est ça, c'est servir. Alors, donc, je veux dire que c'est ça. Ton passé d'enquêteur, est-ce que ça te donne un avantage en cours,

[00:20:30] mettons, dans tes causes? En fait, pas un avantage. Un avantage, je dirais, oui, mais technique. En ce sens... Pas un avantage, je veux dire, au détriment des autres, c'est pas ça que tu dis. Non. Toi, ton passé t'aide dans ce que tu fais aujourd'hui. Clairement, parce que j'ai pas besoin qu'on m'enseigne comment un dossier, par exemple, criminel ou pénal ou déontologique ou disciplinaire parce qu'on fait aussi du droit déontologique disciplinaire. Donc, j'ai pas besoin qu'on m'explique très longtemps

[00:20:59] comment ça doit se lire un dossier comme ça. Puis je sais pertinemment bien qu'est-ce qui devrait se retrouver dans le dossier. Et, bien évidemment, je vois de façon assez rapide, techniquement, les faiblesses d'un dossier. Alors, oui, en ce sens-là, ça me donne un avantage, mais encore une fois, le grand thème, c'est le respect. Alors, quand je vois des policiers, j'ai encore un nombre de policiers qui sont des bons collègues.

[00:21:28] Moi, plusieurs sont partis à la retraite, évidemment, maintenant. Mais les plus jeunes arrivent, et c'est toujours ce que je leur dis, je dis aux jeunes policiers par rapport aux avocats, parce que souvent, on voit les avocats, comme policiers, on voit les avocats de défense comme étant des gens qui cherchent la faille ou les poux. ou moins, la paille dans... On cherche la paille souvent dans la botte de foin, c'est un peu comme ça qu'on dit ça.

[00:21:58] Je dis aux policiers, aux jeunes policiers, vous avez tout avantage à aller connaître le travail de l'avocat. Et je dis aux jeunes avocats, vous devriez aussi connaître ce que le policier fait, dans quel contexte il le fait, pour quelle raison il a posé ces gestes-là, etc., et ça amène une forme de respect mutuel dans les deux. J'imagine que si je suis policier, puis même si je ne te connais pas personnellement, qu'on me dit lui est avocat, puis il a été policier pendant 15-20 ans, je suis déjà en confiance.

[00:22:28] Est-ce que tu le sens, ça? Oui, oui, oui. C'est sûr que les policiers... C'est normal, là. Oui, c'est ça. C'est humainement, les policiers ont le réflexe de dire « Ah, bien là, je suis en sécurité. » Il doit savoir de quoi il parle. Oui, oui, oui. Je suis en sécurité, je suis avec un gars qui a été 20-20-23 ans. Mais tu n'es pas un magicien non plus. Ben non, c'est ça. Tu peux les aider parce que tu connais ce qu'ils font, tu connais plus la chanson comme on dit, mais en même temps, il y a des faits, là. Exact. C'est ça. Il faut se rappeler ce que je te disais tantôt, je suis à la recherche de la vérité. Ben oui. Il y a parfois des gens qui viennent nous voir,

[00:22:57] des agents de la paix, des policiers, peu importe, même des civils qui viennent nous voir et qui, à la lecture même du dossier, on se rend bien compte qu'il n'y a pas des faits sont troublants, sont là. Ben oui. L'individu peut avoir commis un geste qui est irrépréhensible et il n'y a plus rien à faire au niveau d'une défense. Mais c'est ça le respect. Est-ce que tu pourrais dire, je sais que tu n'aimes pas de vanter, mais est-ce que tu pourrais dire que tu es une référence quand un dossier

[00:23:27] touche les procédures policières au Québec? On réfère à toi. Je ne dis pas que tout le monde va à ton bureau, je te le souhaite. Oui, mais je ne crois pas être une référence. Je pense qu'il y a d'excellents avocats au Québec, particulièrement à Québec, à Montréal. Il y a d'excellents avocats qui ont... Mais évidemment, j'ai un avantage important. Le fait que j'ai été policier, particulièrement au crime majeur, ça a un impact, clairement.

[00:23:56] Si tu devais défendre, en cas d'éthique et de loyauté, je sais qu'on aime ça, on aime ça en parler, défendre quelqu'un que tu aurais peut-être arrêté dans le passé, est-ce que tu es capable? Moi, je pense que oui, mais faire la différence puis mettre ça de côté, même si tu reconnais la personne. C'est toute la question du conflit d'intérêt. Ben oui. Et tu sais, le comportement juste. J'essaye de me... d'éviter à tout prix. C'est d'ailleurs une obligation déontologique. Mais j'essaye à tout prix d'éviter, de me placer dans un contexte

[00:24:27] potentiel de conflit d'intérêt. Alors... Tu pourrais refuser des mandats, mais ton trop proche, il y a quelqu'un d'autre qui va être très bon. Oui, oui, c'est ça. Ça arrive régulièrement, même qu'on réfère à d'autres bureaux parce que, bon, pour différentes raisons, mais une des raisons, c'est le conflit d'intérêt. Alors, clairement... Est-ce que le sujet, pour en être un... Par exemple, je dis ça, vous êtes à la défense, donc aux criminels, souvent, au pénal. Est-ce que tu peux... Est-ce que votre bureau, c'est bouché avocat, c'est ça? Est-ce que vous pouvez dire

[00:24:56] ce genre de cas-là, très lourd, on touche pas à ça, nous autres? Est-ce que c'est un choix ou, mettons, on connaît pas ça, nous autres, ceux qui entendent, le barreau vous impose de prendre ce qui vous arrive? Non. Le barreau nous impose pas jamais. C'est vraiment le choix de l'avocat. Exemple pour un meurtre puis des affaires crapuleuses, exemple pour Jésus, ça, on touche pas à ça. Ça pourrait arriver qu'on l'accepte puis ça pourrait arriver qu'on le refuse. L'important, encore une fois, Gilles, c'est le conflit d'intérêt. Non seulement le conflit d'intérêt avec l'individu même qui vient nous voir,

[00:25:26] mais le conflit d'intérêt potentiel avec d'autres de nos clients. C'est ça, je comprends. Je me verrais bien mal, par exemple, interroger dans le cadre d'une procédure en droit ou devant le tribunal, d'interroger un de mes clients qui est policier parce qu'il a été enquêteur dans le dossier, comprenez? Alors, on s'assure de ça et parfois, ça arrive, ça gère dès le départ à l'ouverture du dossier et d'autres fois,

[00:25:56] ça se produit durant le dossier dans la divulgation de la preuve, par exemple, en droit criminel. On se rend compte qu'il y a un enquêteur qui est impliqué et qu'on le connaît. À ce moment-là, on va faire en sorte de demander, par exemple, à un autre bureau, par exemple, de procéder. Oui, ça peut se faire. Oui, c'est ça. Mais la règle générale, la règle d'or, c'est d'éviter les conflits d'intérêts. OK. Est-ce que ce qui était arrivé

[00:26:25] ou je te demanderais comment tu gères ça, si ça arrive, d'avoir une ligne entre la loyauté professionnelle et tes valeurs personnelles? Entre ce que tu dois faire parce que tu sais ce que tu dois faire puis qu'est-ce qui te tiraille en dedans? Oui. C'est clair qu'il y a des... Par rapport à nos clients, tous les avocats du bureau et moi le premier, évidemment, comme propriétaire du cabinet, la priorité, c'est, comme je viens de le dire, la question

[00:26:55] des conflits d'intérêts. Au-delà de ça, il y a des dossiers, puis c'est pour ça que le barreau ne nous force jamais, mais il y a des dossiers qui nous sont moins sympathiques. Alors, dans ces circonstances-là, l'avocat n'a jamais d'obligation de l'accepter. Il n'est pas obligé de se motiver pour dire « je n'accepte pas ce type de dossier-là ». « Il va piler sur mon orgueil, piler sur si je... » Non, non, non. Alors donc, moi je me souviens qu'il y a des avocats de mon bureau qui me disent « Jeff, je ne suis pas très à l'aise avec ce type de dossier-là ». On le refuse en ce temps-là. Il y a d'autres bureaux,

[00:27:26] il y a d'autres avocats. On parle souvent de la présomption d'innocence. Est-ce que c'est assez respecté selon toi aujourd'hui? Absolument. Oui. Oui, absolument. Ça, c'est important à Barouette. Oui. Moi, je te dirais que tant les policiers de mon époque et de l'époque actuelle... Tu sais, les policiers actuellement au Québec, ils ont une formation extraordinaire. Beaucoup meilleure, beaucoup meilleure de ce que moi j'ai eu à l'époque en 88-89.

[00:27:55] Mais bon, ça n'a pas fait de moi... un mauvais policier au contraire. Non, non, ben non. Mais tu vivais avec ton temps, avec ce qui était connu. C'est ça. Alors, aujourd'hui, les policiers sont vraiment les gardiens, justement, de cette présomption-là. Puis les avocats de défense aussi. Et c'est pas irréconciliable les deux métiers, les deux professions. Tu sais, un bon policier n'a pas à craindre d'un avocat de défense. Moi, quand j'étais policier puis qu'on avait un avocat aguerri

[00:28:25] en défense... Tu es en confiance. Ben, tu sais, tu dis la vérité. T'as pas à être nerveux d'être témoigné devant le tribunal en disant, ben, oui, c'est ça la vérité. Puis ça, ça profite, par exemple, à l'accusé. Mais c'est la vérité. Alors, disons la vérité. Et l'avocat de défense est évidemment là pour faire valoir ces éléments-là. Il est voyant. Je veux pas critiquer, mais c'est la théorie aussi. En même temps,

[00:28:54] le citoyen normal qui lit les nouvelles, qui écoute les nouvelles, qui entend, qui voit les histoires, surtout les histoires les plus connues, des fois, il se dit, OK, parfait, on cherche la vérité, c'est vrai. Mais quand t'as deux cas où, mettons, il est arrivé quelque chose puis c'est la parole de quelqu'un contre la parole de l'autre, chacun dit dire la vérité, mais c'est impossible que les deux disent la vérité. On se dit tout le temps, nous autres, comment vous gérez ça? Tu comprends ma question? Absolument. C'est comme, il peut pas y avoir deux vérités s'il y a une seule vérité dans une histoire, mais qui ment le mieux? Je dis que ça gère.

[00:29:23] La présomption d'innocence, c'est tout un phénomène qui est extrêmement étudié par la jurisprudence, par les tribunaux. Et il y a beaucoup de jurisprudence, dont une qui est la référence dans cette matière-là qu'on appelle affectueusement WD. Alors, c'est... Pas de l'huile de taux. Pas du tout. Pas du tout. Et essentiellement, pour vulgariser ça, mais essentiellement, les tribunaux sont pas là pour décider,

[00:29:52] lui, il m'a l'air plus sympathique, lui, il a l'air à plus dire la vérité. Il est moins mentant. Non. Il y a trois étapes. Je ferais grâce, c'est pas le cours de droit qu'on donne, mais il y a trois étapes qu'on doit respecter, que les tribunaux doivent respecter dans l'évaluation de, justement, quand on est en présence de deux députés, déclarations opposées. Puis pourtant, pourrait, à sa face même, être la vérité. Alors, les tribunaux doivent se poser, comme première question, doivent se poser,

[00:30:22] la première question, c'est, est-ce que je crois l'accusé? Alors, première question, il y a témoigné l'accusé, est-ce que je le crois? Première affaire. Réponse, oui ou non. Si c'est oui, c'est terminé, acquittement. C'est comme ça que les tribunaux doivent appliquer. Ils travaillent comme ça. C'est ça. Si la réponse est non, ils doivent passer à une deuxième étape. Et c'est une étape plus intellectuelle, je dirais, mais ils doivent se poser la question, je ne crois pas l'accusé,

[00:30:52] mais deuxième question, est-ce que ça soulève un doute dans mon esprit, ce que j'ai entendu de l'accusé? Parce qu'il y a une différence entre les deux, Gilles. Je ne crois pas, j'ai un doute, ce n'est pas pareil. Ce n'est pas pareil. Ce n'est pas exactement pareil. Alors la Cour suprême du Canada enseigne ça, enseigne aux avocats, enseigne évidemment aux tribunaux aussi, qui ont à décider ça tous les jours en matière criminelle. Ils doivent se poser la question. Deuxième question, est-ce que ça soulève un doute? Si oui, ça doit bénéficier à l'accusé encore une fois, acquittement.

[00:31:22] Et si la réponse est négative dans les deux premières, alors je ne crois pas l'accusé, ça ne soulève pas de doute. La troisième question, c'est qu'ils doivent regarder dans l'ensemble de la preuve qu'ils ont acceptée devant eux, que le tribunal a acceptée devant lui, est-ce que ça, cette preuve-là, l'ensemble, acceptée légalement devant lui, est-ce que ça, ça soulève un doute? Parce que si ça soulève un doute, encore une fois, ça doit bénéficier à l'accusé et prononcer l'accusé. Donc la présomption d'innocence, c'est valable. C'est ça. C'est ça.

[00:31:51] Et les avocats de défense sont les gardiens de ça. Et je dirais même plus, je me souviens, moi, d'avoir eu des échanges avec des procureurs de la Couronne et du DPCP. Et le procureur de la Couronne, j'en connais plusieurs, d'aucuns qui sont de mes amis d'ailleurs, et qui me disent, écoute, moi, si j'apprends que l'accusé, il m'arrive une preuve d'une telle,

[00:32:20] et que je n'ai plus la certitude morale de trouver coupable cet individu-là, je vais retirer, on vulgarise ça en disant, je vais retirer la blogue, mais en fait, il va demander au tribunal de retirer les accusations de fermer le dossier. Alors, tu sais, les avocats, malgré que parfois, ils peuvent avoir une mauvaise presse, je pense, moi, je crois au système de justice, je crois non seulement aux avocats, mais je crois aussi aux policiers qui, tous les matins, se lèvent, vont s'assurer la sécurité,

[00:32:50] vont servir la population. Bien, je crois que ce système-là, bien qu'il soit lourd, il fonctionne, il fonctionne et ultimement, bien, ça donne ses résultats. Jean-François, tu peux prendre une gorgée d'eau si tu veux, vu que tu as fait les deux, moi, je profite de comparer, est-ce que le stress est bien différent entre une enquête criminelle, une grosse enquête criminelle comme tu as fait, ou un procès, un gros procès? Bien, en fait, il n'est pas différent, il est juste déplacé, tout simplement, parce que,

[00:33:20] évidemment, le stress, par exemple, d'une enquête criminelle, mais rappelons, mettons ça plus au niveau de la patrouille, tu sais, il y a des dossiers pour les patrouilleurs où les gens se déplacent sur des événements puis ils ne savent pas trop si ça va bien aller, s'il n'y arrivera pas des événements qui vont faire en sorte que le policier va être en danger de leur propre vie. Ça fait toujours, tu l'as toujours un peu à quelque part dans ta tête, elle t'arrive là, elle t'arrive vite. C'est ça. Alors donc, ce stress-là,

[00:33:51] évidemment, je ne veux pas faire une égalité entre les stress, mais il est différent, mais il se compare très bien avec, par exemple, la préparation d'un procès de longue haleine, un trois semaines, un mois, tu sais, où... Faut que tu penses à peu près à tout, peut-être que tu pars à tout au cas que tu ne fasses pas... Non, il faut que tu sois prêt, c'est ça? Il y a une préparation, il y a un stress important pour l'individu que tu représentes, qui... Il suffit sur toi? Ben oui, tu sais, puis sa vie, probablement... Oui.

[00:34:20] Ça peut changer avec la décision qui arrive là. Énormément. J'avoue. Vous le sentez ça? Absolument. Quelqu'un qui compte sur vous là? Ah oui, oui, oui. Ça comme avocat, c'est... Il y a des liens qui parfois se tissent, il faut faire attention à ça d'ailleurs comme avocat, mais il y a des liens qui se tissent avec certains clients qui font en sorte, tu sais, et c'est ça, je confie la suite de ma vie, elle est entre tes mains. Vous savez, c'est important ça de le concevoir

[00:34:50] puis de le respecter comme avocat. Est-ce qu'on trouve plus, entre guillemets, le vrai pouvoir dans l'enquête ou dans la plaidoirie? C'est... L'enquête permet de jeter la lumière sur l'événement qui s'est produit. Dans la majorité des cas, je dirais que moi, ça nous donne une lumière assez importante. Mais la plaidoirie permet de... C'est réservé aux avocats.

[00:35:20] Alors, de plaider quelque chose puis de ramener au tribunal tous les éléments qui... auxquels le tribunal devrait se rattacher parce que ça fait pas un iota de preuves, une plaidoirie, mais ça permet d'influencer le tribunal, de permettre au tribunal d'écouter, M. le juge, Mme la juge, prenez le temps d'examiner ce point-là. Vous vous souvenez quel témoin a, il a dit telle affaire. On pense que c'est important. Oui. Puis ça, ça peut faire le poids

[00:35:49] dans la décision. Alors, c'est important. Est-ce que, Jean-François, quand t'as le choix, je sais que c'est pas le cas de toutes les causes, mais le choix entre procès devant juge ou jury, est-ce que vous conseillez à ce moment-là? Moi, j'irais... C'est votre travail? Oui, oui. Parce que ça nous semble très... Je sais pas, pas capable de dire aujourd'hui avec tout ce que j'écoutais à la télé comme film, comme émission, puis tout ce qu'on me raconte, puis que ma blonde me dit maintenant qu'elle est avocate. Je sais pas, c'est évident tout le temps. C'était mieux

[00:36:18] de prendre juste le juge ou le jury. En fait, c'est une... T'es au criminel tout le temps, ça? Oui, absolument. OK. C'est une excellente question qui doit nécessairement... C'est pas simple, dans le fond. Absolument pas. C'est d'une complexité assez incroyable parce que ça doit reposer les conseils qu'on va donner à un client qui est accusé ou il a le choix, parce qu'ils n'ont pas toujours le choix, mais ils ont le choix d'aller devant un juge et jury ou un juge de la Cour provinciale, un juge de la Cour du Québec. Bien,

[00:36:49] c'est pas nécessairement évident. Il faut examiner le type de dossier, le type d'accusation. Oui. Il faut examiner la preuve qui a convaincu le procureur de la Couronne de déposer des accusations. Il faut prendre le temps de sous-peser l'entièreté de la preuve et de voir quel sera le meilleur véhicule pour ce type de dossier-là. Mais encore une fois, c'est une analyse qui doit se faire à la pièce, je te dirais, sur chaque dossier

[00:37:18] qui, évidemment, peuvent donner cette ouverture-là parce que c'est vraiment pas tous les dossiers qui vont aux assises, qui ont une possibilité d'aller aux assises. Est-ce que, je ne sais pas si tu peux me parler de ça, mais tes anciens contacts policiers, est-ce que ça peut t'aider dans ta pratique d'avocat aujourd'hui? Bien, en fait... Ou tes propres expériences à toi? Oui, mes propres expériences, évidemment, comme on l'abordait tantôt, c'est une expérience que personne ne peut m'enlever. C'est sûr. Ça, c'est clair. Mais il y a un respect

[00:37:47] qui est établi, qui s'est naturellement créé et les policiers ne me donnent pas davantage personnellement parce que c'est Jeff Boucher. Ils font leur travail et d'ailleurs, ce ne serait pas correct non plus de le faire et je m'éloignerais de ça. Je leur rappellerais de ne pas le faire. Alors, je n'ai jamais eu davantage de la part du milieu policier, mais c'est plutôt ma formation, mon expérience... Ton parcours? Oui,

[00:38:16] qui fait toute la différence. Est-ce que les juges, parfois, tu penses, voient ton parcours comme un atout? Oui, je ne peux pas répondre aux juges, mais je fais toujours attention. mais tu peux sentir des fois qu'ils vont faire référence au fait que vous avez été policier. Oui, Mais écoute, c'est sûr, encore une fois, que l'atout que j'ai, c'est d'avoir une expérience policière, mais ce n'est pas un tout en soi. Ce n'est pas une finalité.

[00:38:43] c'est un outil que j'ai dans mon coffre d'outils qu'à quelle occasion je peux me servir, parce que je me souviens d'avoir déjà dit devant un tribunal, écoutez, je sais très bien le type d'enquête qui a été faite. Je l'ai faite pendant... 15 ans, maintenant. Oui, c'est ça. J'ai été au crime majeur pendant 10-15 ans. Alors, le juge me regardait avec un petit sourire. C'est sûr que ça donne

[00:39:13] pas un avantage, mais une perception que ce que je suis en train de raconter, je l'ai déjà fait, je le sais. Mais, encore une fois, ça doit... L'analyse d'un dossier, ce n'est pas juste sur le... J'ai le feeling que c'est ça. C'est basé sur une analyse détaillée, vraiment détaillée, des preuves, des faits, des témoins. Alors, c'est ça qui fait la différence. Évidemment, moi,

[00:39:42] j'ai une facilité pour ça. Dis-moi, est-ce que... La question, elle peut paraître curieuse, mais les gens vont comprendre pourquoi je la pose. Puis, en même temps, je pense que je sais la réponse, mais je vais te laisser aller. Est-ce que tu as déjà défendu quelqu'un en sachant qu'il était coupable? Bien, écoute, ça arrive, là. Ça arrive que... Tu travailles autrement, dans ce temps-là, tu vas essayer d'amenuiser la peine? C'est-tu ça, je comprends? Oui, ça peut être ça, mais il arrive, là, à la lecture d'un dossier, que tu examines le dossier et c'est clair que l'individu

[00:40:11] qui vient te consulter, c'est clair qu'il a commis le geste. Alors, évidemment, on va... Mais tu ne laisseras pas tomber, nécessairement. Non, Tu vas te réveiller avec lui pour peut-être... Il arrive des cas où il n'y a rien à faire, il n'y a pas de... Puis c'est la majorité, d'ailleurs. Tu sais, les procureurs de la Couronne, c'est des avocats qui ont une belle expérience, qui ont souvent... qui sont très bien formés. Le DPCP, ce sont des gens qui travaillent, évidemment, en groupe, qui ont l'occasion d'avoir beaucoup de formation. Alors,

[00:40:42] les procureurs qui autorisent un dossier, ils ont pris le temps d'analyser correctement puis ils ne font pas ça à la légère. En défense, nous, ce qui est l'avantage d'un bureau comme nous, c'est qu'évidemment, il y a, oui, l'expérience de Jeff Boucher, oui, mais il y a tout le travail d'enquête possible, potentiel, qui est fait par des gens qui, évidemment, ont une expérience souvent... Tu sais, j'ai beaucoup d'enquêteurs au privé qui travaillent pour nous dans des dossiers pour aller...

[00:41:11] Les engager sur des cas particuliers. Très particuliers où on va, tu sais, aller pointer une demande particulière. On va dire, valide-moi cette information-là, valide ça, puis les avocats de défense, beaucoup vont... Ceux qui ont de l'expérience vont souvent faire ça aussi, pas dans tous les dossiers, évidemment, mais dans des dossiers de façon... de nature importante, on va aller valider cette information-là. C'est l'heure de la gorgée d'eau. Je veux parler de ton bureau parce qu'il y a chez vous quelque chose d'assez étonnant. Une des raisons, je vais expliquer aux gens

[00:41:40] qui m'entendent, c'est que ma blonde a fait 22 bacs, 300 maîtrés, et autres. Non, je fais des blagues, mais elle a étudié longtemps. Puis finalement, pour mille raisons, elle a décidé de devenir avocate à la fin de la quarantaine. Puis elle est rentrée dans votre bureau avec toutes les étapes, tout ça. Puis c'est ça qui m'a permis de connaître votre histoire. Puis j'ai dit un jour, il faut que je fasse un podcast parce qu'on revient de parler des choses qui sont fascinantes, mais il faut ajouter un autre élément qui m'avait encore plus. C'est le tandem assez étonnant de toi, Jean-François, et René Verrette, maître René Verrette,

[00:42:10] reconnu entre autres pour avoir finalement mis sous le verrou Dr Turcotte, je pense. Oui, absolument. C'est un de ses faits d'armes, je pense. Donc René Verrette a fait un virage lui aussi. Il a fait comme le contraire, il n'a pas été policier, mais il est parti du DPCP, donc le gouvernement, l'État. Puis après ça, il est avec vous dans un bureau privé du côté de la défense. Donc ce n'est pas tous les jours. Donc vous avez combien d'avocats chez vous? C'est sept? On est sept. Bon, sept. Sur sept, il y en a deux qui ont un parcours atypique, pourrions-nous dire.

[00:42:40] Fait que tu parles un peu de ça. Ça fit peut-être avec toi, maître Verrette, mais c'est spécial. René, ça fait des années qu'on se connaît. On fait plus de 25-30 ans qu'on se connaît à l'époque où il était procureur de la Couronne à Québec. Il est assez public aussi, on l'a vu beaucoup à la télé, un peu partout. Oui, c'était au fil des ans devenu un ami, mais avant même qu'il travaille avec moi. Mais René, c'est un procureur de la Couronne, mais c'était un procureur de la Couronne,

[00:43:10] mais c'est aussi un plaideur extraordinaire. Alors, et l'équipe que l'on réalise ensemble, qu'on constitue, c'est incroyable parce qu'un René Verrette qui analyse un dossier avec un Jeff Boucher qui voit le côté plus technique peut-être, plus d'enquête, quand on unit nos forces ensemble, ça fait une analyse assez complète, très complète. Alors, René,

[00:43:40] c'est un grand plaisir de travailler avec lui. Est-ce que ça fait partie de... Parce que, dans le fond, vous avez un bureau qui est assez actif, de ce que je comprends, très actif, mais c'est un choix stratégique, c'est un choix personnel, tu ne veux pas avoir un bureau. Parce qu'il y a tellement de bureaux, on rentre là et c'est tout en marbre et on dit ça va coûter un million la minute, j'exagère, mais les bureaux d'avocats ont cette réputation-là de flasher la réception et 47 000, j'exagère, mais 100, 150, 200, 300, le plus gros possible. Mais vous n'êtes pas là pantoute,

[00:44:09] mais vous êtes très actif. C'est un cabinet, ce que moi je me plais à dire, c'est un cabinet boutique. En fait, ce qu'on vise, c'est que, comme je le disais au départ, j'ai parlé de respect, il y a beaucoup de respect entre nous deux, pas entre nous deux, mais entre toute l'équipe. Mais il y a aussi le fait qu'on veut que ce soit familial. On veut... Tu sais, je le répète souvent aux avocats et aux avocats, je leur dis, vous savez, les personnes les plus importantes dans le bureau, ce n'est pas nous autres.

[00:44:39] C'est les clients qui viennent. Eux, ils sont importants parce que, tu sais, on a choisi cette profession-là pour rendre service, un peu comme j'avais choisi la police pour servir la population au Québec, mais c'est un peu la même chose. Quand un individu vient te voir et il dit, écoute, j'ai été arrêté, mauvaise journée, mauvaise soirée hier, je suis fait arrêter pour une faculté affaiblie, puis qu'il vient te voir et qu'il y a des conséquences qui vont venir rapidement, évidemment, au niveau criminel,

[00:45:07] parfois même avec une orientation, je dirais, civile, ça va peut-être accentuer un divorce, ça va peut-être accentuer un problème civil. Alors, on a cette offre de services-là au bureau, ça, c'est un élément important, mais essentiellement, c'est ça, l'important d'être capable de donner, finalement, cette offre de services-là. Dis-moi, toi et René, quand toi t'analyses, mettons une preuve avec lui,

[00:45:37] est-ce que ça peut ressembler à un ancien procureur qui débat avec un ancien enquêteur? Absolument. Oui, oui, ça arrive. Donc, les deux, ça vous sert? Oui, c'est ça que je disais tantôt, c'est qu'il arrive à l'occasion que René a encore, puis moi aussi, le réflexe, j'ai encore des réflexes policiers, et puis René aussi a encore des réflexes de couronne, puis il me dit, c'est ça, mais c'est excellent, c'est ce que je te disais tantôt. Je dis aux jeunes avocats,

[00:46:07] allez donc voir ce que la police fait. Prenez donc, informez-vous, intéressez-vous à ce que les policiers font, puis je dis aux policiers aussi, tu devrais regarder ce que les avocats font, pas juste la défense, intéresse-toi à ça, parce que vous allez être meilleur dans votre domaine si vous savez ce que l'autre fait, puis ce que l'autre est capable de faire, puis ce que l'autre connaît. Est-ce que tu as l'impression que les procureurs de la couronne sont, entre guillemets, je dirais, plus prudents quand ils savent que vous êtes dans le dossier? Non. Non?

[00:46:36] Ils craignent pas, faites pas peur au moins. Non, pas, non, non, non, du tout. Ça se fait encore une fois avec beaucoup de respect. C'est ça. On prend le temps, on se parle. Moi, j'ai toujours proné ça. Des fois, le droit criminel, il faut se rappeler, Gilles, que c'est pas un droit fasciste, un droit dur. C'est un droit où il y a une confrontation importante. Il y a des opinions. La couronne donne son opinion. Confrontation. C'est ça. Il y a une confrontation souvent très dure. Mais il faut que ça se fasse dans le respect. Si ça se fait dans le respect,

[00:47:07] les tribunaux le remarquent, d'ailleurs. On voit ça assez souvent où les tribunaux vont dire, écoutez, ça a été un match, en guillemets, mais un match assez rude, mais ça s'est fait dans le respect. Merci aux deux avocats. Tant qu'être dans les choses singulières ou pas fréquentes, on parle de toi, ainsi qu'René Verrette, l'autre aspect, c'est quand, mettons, je dis à des gens, ah, ma blonde, elle est avocat, toi, es-tu au civil ou au pénal? Ben là, j'ai dit,

[00:47:36] le bureau fait les deux. Fait que c'est une autre différence. Souvent, même les gros bureaux vont dire, nous autres, on fait juste du civil, d'autres font du pénal et criminel, mais vous, vous faites un petit bureau, sept avocats, vous faites les deux. Ça aussi, c'est assez rare. Oui, oui. Me trompes-tu? Non, non, c'est vrai. Vous êtes une bibitte, vous êtes toute une bibitte. Oui, oui, mais c'est basé, encore une fois, quand j'ai ouvert ce bureau-là, c'est basé sur une clientèle d'agents de la paix. Alors, quand un agent de la paix a des problèmes, par exemple, de nature pénale ou criminelle,

[00:48:07] ça peut, je ne dis pas dans tous les cas, mais ça peut avoir une répercussion sur sa famille. Donc, il y a besoin d'un avocat en droit familial. Ça peut avoir une répercussion. Rapidement, tu peux basculer dans le civil, c'est ça que tu dis. Exact. Alors, ça permet de faire une offre de service, d'avoir une offre de service pour notre clientèle de façon plus générale. Alors, il y a des avocats, des avocates très spécialisés en droit familial. Il y en a en droit civil, en responsabilité. Mais tu sais, on ne fait pas,

[00:48:36] par exemple, il y a des domaines de droit qu'on n'aborde pas parce que ce n'est pas notre spécialité. Alors, il y a du financement corporatif, on ne fait pas ça. C'est vraiment basé sur la prémisse qu'on veut donner un service complet à notre clientèle. Dis-moi, je reviens à René Maître Verrette, quand un ancien du DPCP passe à la Défense, est-ce que ça ébranle l'image du système ou pas tant que ça? Moi, je ne crois pas

[00:49:06] que ça ébranle l'image du système. Tu sais, René a toute son expérience, évidemment. Mais non, le système, vous savez, c'est très difficile voire même impossible de s'attaquer au système. Je pense que le système est bien fait et c'est dans la confrontation des, puis je dis confrontation, mais c'est dans les deux positions, tant du côté accusatoire

[00:49:36] que du côté défense, qui sont présentés à un tribunal qui est neutre, qui examine tout ça et qui fait en sorte que c'est pas parce que c'est René Verrette ou parce que c'est Jeff Boucher ou parce que c'est tel procureur de la Couronne que ça se fait. Moi, je le dis, je te le répète, c'est vraiment, le système fonctionne bien. Il est parfois très lourd, ça j'en conviens, mais c'est un système qui fonctionne et on ne veut pas trouver coupable

[00:50:06] quelqu'un, en tout cas, on ne le souhaite pas, trouver coupable, puis ça arrive malheureusement, on le voit dans les journaux, dans la radio et la télévision, mais on ne veut pas trouver coupable quelqu'un qui malheureusement n'a pas commis ce geste-là. Alors, on préfère de beaucoup au nom d'une présomption d'innocence, puis il y a une preuve qui doit être présentée hors de tout doute raisonnable, il faut se rappeler ça, c'est pas la balance des probabilités en droit criminel, c'est vraiment une preuve hors de tout doute raisonnable. la défense, je dis noquant, mais c'est toute une job que de soulever

[00:50:35] le doute raisonnable, tu sais. Alors, la défense doit présenter une preuve qui, dans l'esprit du tribunal, va soulever le doute, puis je fais allusion à la WD, je t'ai parlé tout à l'heure, il va dire, ben j'ai un doute finalement et donc je vais l'acquitter. Ça veut pas dire que l'individu ne l'a pas fait, ça veut dire qu'il n'y a pas une preuve qui est hors de tout doute raisonnable. Dis-moi, est-ce que t'as déjà affronté d'anciens collègues en cours? C'est arrivé? Comme policier ou des... Ouais.

[00:51:06] Ou, mais dis-à-dire, mais plus des policiers. Ouais. Ben j'ai... Il y a des policiers que je connais qui ont témoigné dans des dossiers, mais... Peut-être des fois à ta demande même? Oui, oui, c'est arrivé. C'est des deux côtés. Dans le milieu, dans le milieu policier, dans les dossiers hypothétiquement où je représente des policiers accusés, il arrive parfois qu'en défense, on va faire témoigner des policiers. Ça arrive. Mais de confronter des policiers, encore une fois,

[00:51:35] je fais très attention pour ne pas me placer en conflit d'intérêts. Tu sais, je ne voudrais pas que... ce n'est pas à la hauteur d'un bon avocat de tenter de tirer un avantage quelconque parce que, par exemple, je connaîtrais le policier untel qui vient témoigner en accusation du côté accusatoire. Alors, je ne fais pas ça. Les avocats au Québec doivent respecter leur code de déontologie, doivent éviter de se placer en conflit d'intérêts et c'est ce que je fais.

[00:52:05] Dis-moi, est-ce que l'État devrait craindre davantage des avocats qui connaissent parfaitement les méthodes? Non. Non. Pas vraiment. Non. Non. Oui, je connais les méthodes. Et puis René aussi. Les avocats, de façon générale, au Québec, les avocats connaissent les façons de faire des enquêtes, le titre d'enquête. Je pense à... On fait juste le nommer, mais Mr. Big, toutes les histoires de Mr. Big, ce n'était pas connu avant, mais maintenant, ça l'est connu. Alors,

[00:52:35] ça n'empêche pas les policiers de travailler, mais évidemment, ce n'est pas moi, certainement, qui va révéler ce secret que j'ai appris. Je me garde toujours une réserve. Dis-moi si tu avais, Jean-François, à recommencer ta carrière. Est-ce que tu penses que le parcours que tu as fait, tu leur ferais? Exactement le même. Ah oui, hein? Tu n'as pas de regrets, dans le fond. Zéro? Tu n'as pas l'air d'un gars, non? Non, non. J'ai eu beaucoup de plaisir. Je te dirais même, sous le couvert de la confidentialité entre toi et moi, malgré qu'on a beaucoup de monde probablement

[00:53:05] qui écoute, mais je te dirais que de quitter la famille policière, ça a été quelque chose. C'était dur. Oui, écoute, le bonhomme lui a versé quelques larmes. C'était pas quitté parce que c'était furieux. Il n'y a plus rien qui marchait, ça ne fait rien à voir. Non, non, du tout. J'avais du plaisir à faire mon travail de policier puis je pense que je le faisais bien, encore une fois, dans le respect de tout le monde, mais je voulais connaître, avoir une vue, changer de chaise, dans le fond.

[00:53:35] C'est ce que j'ai fait. J'ai tout simplement parti de la chaise d'enquêteur pour aller dans la chaise d'avocat, de défense. J'aurais pu me ramasser avocat à Couronne, j'aurais pu me ramasser avocat à Sûreté du Québec. Bon, là, c'est présenté avocat en défense, des policiers, des agents de la paix au Québec, parfois des civils qui ont des problèmes, mais de façon générale, non, simplement, je me dis, j'ai changé de chaise, j'ai une autre vue du dos. Pendant qu'on a des chaises,

[00:54:04] ça va être une belle finale. On a donc la chaise de policier, chaise d'avocat, et quand est-ce que ça va être la chaise du retraité? Est-ce qu'on est rendu, on pense à ça, on est-tu là? Je ne suis pas prêt encore, j'ai une belle équipe avec moi. On parle de ta blonde, mais oui, mais Véronique, c'est toute une avocate, vraiment extraordinaire, une plaideuse incroyable. Elle aime ça, c'est ça qui est drôle. Il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas parler devant le monde. Je te le dis, ça fait longtemps que, je dirais même qu'elle est à veille

[00:54:33] de dépasser les maîtres Vérette et moi. Je vois René, on a fait notre temps, et c'est correct. René, moi j'ai 63, René est une petite affaire plus vieux que moi, mais on est encore là, et on va continuer parce qu'on a du plaisir à faire ce qu'on fait. Peut-être avec un peu moins d'horaire fou. C'est ça. Mieux travailler, mettons. Oui, c'est ça. Avoir plus de plaisir, de prendre plus de temps. Le matin, je m'entraîne,

[00:55:02] j'essaie de plus penser à moi parce qu'on peut se le permettre, mais ça ne m'empêche pas que j'aime encore trop ça pour dire, je m'en vais à la retraite puis c'est fini. Et moi, je veux que le bureau continue. J'ai une belle équipe. Je ne veux pas toutes les nommer, mais tu sais Sylvain qui est allé avec moi depuis des années, qui est très solide. Isabelle Perrault qui a son bureau et qui gère sa clientèle. Elle est réputée en droit familial. Oui, c'est ça Isabelle, c'est une sommité, c'est en droit familial.

[00:55:32] Ça fait en sorte qu'on a des jeunes avocats, avocates, qui poussent, mais qui se démarquent. Alors, dans quelques années, qui sait, ils vont probablement continuer. Mais t'as coup qui change ça? T'as coup qui change ta façon de faire? Je ne penserais pas parce qu'elle est gagnante. Ça marche. Les gens viennent à nous. Vous avez des bons contacts et ce n'est pas des choses que vous avez volées. C'est votre carrière qui a amené ça. Oui, carrière policière, la carrière d'un Verrette. Puis après ça,

[00:56:01] c'est tout le développement aussi. Mais René, il arrive régulièrement que René Verrette va être appelé parce qu'il veut, la personne veut faire affaire avec René. Alors moi, je... Vous ne pensez pas que je le perds comme politicien potentiel? Moi, je suis bien heureux de ça. Je ne pense pas que tu vas te plaindre non plus. Non, je ne me plains pas du tout. Mais René, il est heureux dans ce qu'il fait puis on va continuer à travailler ensemble. Ça sortait encore ça, ça paraît. Oui, C'est une belle job.

[00:56:31] Oui. Merci beaucoup d'avoir partagé avec nous autres, Jean-François. Vraiment, c'était un plaisir de te rencontrer, Gilles. On a pris. On s'est vu un petit peu avant mais de te rencontrer dans ce contexte-là, pour moi, c'est un honneur. Merci. Salut.